Sale Piasa
Sale on Friday, 9th of december 2011
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Piasa - Paris
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Lot 25 : Importante paire de vases en porcelaine de Chine céladon
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Importante paire de vases en porcelaine de Chine céladon gaufrée à monture de bronze doré à renflement dans leurs parties centrales orné d'une bague de cuivre doré à godrons dans la gorge supérieure, la porcelaine à fleurs et feuillages en relief ; la monture constituée de joncs rubanés au col et à la base, richement ornés de rinceaux de feuillages, le tout reposant sur des pieds en enroulement.
Époque Louis XV, vers 1765
Hauteur (au col) : 52 cm Largeur (au col) : 27 cm
(Accident restauré à la porcelaine, à proximité d'un feuillage près du col)
Provenance : ancienne collection François-Michel Harenc de Presle (1710-1802), dans son hôtel particulier de la rue du Sentier (les vases de porcelaine achetés à la vente en 1761 de M. de Selle, trésorier général de la marine, puis montés en bronze doré). Sa vente à Paris, du 16 au 22 avril 1792, lot 299 dans la rubrique « ancien Céladon » : « Deux grands cornets à dessin de feuilles de relief, richement garnis en bronze, de genre à rinceaux d'ornement. Nous croyons que l'un de ces deux vases a été cassé et caché par la monture. Hauteur : 19 pouces, diamètre : 10 »
Œuvres en rapport : Three French Reigns, catalogue d'exposition, 21 février-5 avril 1933, résidence de sir Philip Sassoon, 25 Park Lane, Londres : une paire de vases bleus illustrés p. 125, monture pratiquement identique. Houghton Hall (Norfolk, Royaume-Uni) : une paire de vases en porcelaine de Chine bleue présentant une base de bronze doré très similaire.
Références bibliographiques : Alexandre Pradère, « Harenc de Presle, un banquier collectionneur au siècle des Lumières » in L'Estampille L'Objet d'art, décembre 2008, no 441, p. 68-77 ; Livre-Journal de Lazare Duvaux, Paris, 1965 Luc-Vincent Thiery, Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris, Paris, 1787, p. 443-448
Banquier comme son père, François-Michel Harenc de Presle (1710-1802) apparaît au travers des catalogues de vente et des descriptions de Paris au XVIIIe siècle comme l'un des plus importants collectionneurs du siècle. Le noyau de ses collections est constitué d'un riche ensemble de porcelaines de Chine, du Japon, de Saxe et de Sèvres, montées ou non, de belles sculptures réalisées en bronze, marbre ou terre cuite ainsi que de laques et d'ivoires. Les tableaux y tenaient une place très importante : citons à cet égard un Véronèse aujourd'hui conservé à la National Gallery de Londres, un tableau de Murillo à la Wallace Collection de Londres ; Le Christ chez Marthe et Marie orne quant à lui les cimaises de la Pinacothèque de Munich.
On répertorie également pas moins de trois toiles de Poussin et un paysage de Berchem appartenant de nos jours à la reine d'Angleterre à Buckhingham Palace (Londres). Les meubles représentent une partie importante de la collection, au nombre desquels plusieurs meubles d'André-Charles Boulle dont une armoire à Aspasie, un secrétaire de pente (Sotheby's, 9 avril 2008) et une paire de petits cabinets (Christie's, 16 décembre 2008) tous les deux passés récemment en vente à Paris (voir Alaxandre Pradère, « Harenc de Presle, un banquier collectionneur au siècle des Lumières » in L'Estampille L'Objet d'art, décembre 2008, no 441, p. 68-77). Il est par ailleurs très probable que la mention de « commodes à la Harant » dans les ventes de l'ébéniste Charles Cressent fassent référence à notre collectionneur. La collection est si prestigieuse à son époque qu'elle fait partie des rares noms cités dans les ventes postérieures au titre des provenances. Harenc de Presle est évoqué par Lebrun dans l'introduction de la vente de 1792 dans toute sa modestie : « M. de Presle ne nous ayant pas permis de donner à sa collection le tribut d'éloges que nous lui devons, & qu'elle mérite, nous nous bornerons à assurer qu'elle réunit les morceaux les plus précieux dans tous les genres ».
Par ailleurs, de nombreux auteurs rendent hommage au collectionneur, Marmontel notamment vers 1793-1797 : « […] distingué par son goût et par ses lumières parmi les amateurs d'art » ; Thiéry fait en 1787 une longue description de son hôtel particulier situé rue du Sentier acheté en 1753 : « Le salon […] est magnifiquement décoré de glaces et dorures », et plus loin : « deux grands vases de porcelaine d'ancien Japon, de première qualité, et autres porcelaines, pendule de Boule, et meubles magnifiques du même », la confusion est fréquente au XVIIIe siècle entre céladon de Chine et du Japon. En tant que collectionneur, Harenc de Presle apparaît comme un véritable amateur. Une analyse très précise des trois ventes de 1792, 1795 et 1801, rapportées à l'inventaire de 1802 et aux diverses descriptions, notamment celles du Livre-Journal de Lazare Duvaux et du guide de Luc-Vincent Thiery, permet de mieux cerner la personnalité du collectionneur.
Il s'agit d'un homme de son époque, visiblement fasciné par le fabuleux matériau qu'est la porcelaine, notamment d'Extrême-Orient ; à ce titre il acquiert aussi bien des objets en parfait état que d'autres présentant des accidents mais dont la qualité et la rareté justifient pleinement l'appartenance à sa collection. De la même façon, il affectionne visiblement aussi bien les objets fabuleusement montés en bronze doré que ceux qui ne le sont pas. Par ailleurs, il intervient visiblement personnellement dans l'amélioration des objets de son cabinet. Le 13 février 1749, il achète chez Lazare Duvaux sous le numéro 138 de son livre-journal deux terrasses de bronze doré pour deux petits vases cornets de Saxe. Plus tard, le 13 janvier 1756, il acquiert, toujours chez Duvaux, sous le numéro 2380, deux vases céladon carrés, l'un fêlé ; ces vases sont déjà garnis de bronze doré, très probablement rocailles. On les retrouve plus tard dans la vente de 1792 garnis de têtes d'aigle tenant des chaînons. Par ce type d'achats, au tournant de la cinquantaine, Harenc montre un état d'esprit de véritable connaisseur qui n'hésite pas à commander des montures et à acheter des objets en vue de leur transformation. Les vases présentés sont une parfaite illustration de l'état d'esprit d'un collectionneur du XVIIIe siècle montrant une grande activité. En effet, on les identifie avant qu'ils ne soient ornés de leur monture de bronze doré, dans la vente du trésorier de la Marine, M. de Selle, du 19 au 28 février 1761 à Paris sous le no 85 : « Deux beaux cornets de 18 pouces de haut, ayant un renflement sphérique au milieu ; ils sont d'ancienne porcelaine céladon gauffrée… 120 livres ». Ils sont acquis officiellement par un acheteur nommé Bergue dont on ne sait rien, qu'il s'agisse probablement d'un marchand ou d'un agent. Les vases sont ensuite probablement rapidement montés en bronze doré, soit par un intermédiaire marchand, soit par Harenc lui-même. On les retrouve ensuite peut-être décrits dans le grand salon de l'hôtel de Presle, mais plus tard avec certitude dans la vente Harenc de Presle de 1792 : « Deux grands cornets à dessin de feuilles de relief, richement garnis en bronze, de genre à rinceaux d'ornement. Nous croyons que l'un de ces deux vases a été cassé et caché par la monture « hauteur 19 pouces, diamètre 10 » dans la rubrique consacrée aux anciennes porcelaines céladon (voir illustration ci-dessous). La description malgré sa brièveté correspond exactement à nos vases, les dimensions également : la hauteur étant de 51,3 cm et la largeur de 27 cm ; l'accident mentionné venant s'il était besoin confirmer cette identification. Les anneaux de bronze qui ornent la partie médiane de ces vases sont une caractéristique plutôt rare. On retrouve la même idée dans une paire de vases conservée au musée Nissim de Camondo (inv.28) et reproduit dans L. Scheurleer, Chinesisches und japanisches porzellan in europäischen fassungen, Braunschweig, 1980, no 297, p. 319). Un autre exemple apporte une preuve absolue de son utilisation au XVIIIe siècle. On trouve en 1767, dans l'une des plus prestigieuses collections de l'époque, en particulier pour la qualité de ses porcelaines montées, la collection Julienne : « 1394, Deux moyens cornets d'ancien Japon, très agréables par leurs ornemens à branchages, feuillages de relief & la vivacité de leur couleur ; ils sont garnis de cercles de bronze ». Il est intéressant de noter également qu'il s'agit de la même forme de vase. Il semble évident que l'effet recherché est celui des anneaux de porcelaine brune que l'on trouve parfois sur les porcelaines céladon de Chine. Les montures de ce type, probablement toutes réalisées dans le même atelier dans les années 1760, présentent les caractéristiques typiques du style de cette époque. L'esthétique encore rocaille par certains aspects, notamment l'usage du rinceau, est tempérée par un équilibre tendant vers la symétrie parfaite dans le traitement des axes verticaux des pieds et des agrafes du col. Ces éléments sont également renforcés par l'usage très Louis XVI du jonc rubané, ainsi que par une ciselure de type néoclassique.
Un esprit identique dans le traitement des pieds en enroulement très accentué ainsi que par l'utilisation du jonc rubané pour asseoir le socle, se retrouve sur deux vases absolument néoclassiques, vers 1760, provenant également de la collection de Jean de Julienne, conservés au musée du Louvre à Paris (Daniel Alcouffe, Anne Dion-Tennebaum et Gérard Mabille, Les Bronzes d'ameublement du Louvre, éd. Faton, Dijon, 2004, no 70, p. 146-147). Ce parti pris stylistique, à la pointe de l'innovation au début des années 1760, est commun à une série d'objets assez rares ; deux exemples très similaires méritent d'être cités. Une paire de vases en porcelaine bleu foncé dont la porcelaine ne présente pas le même renflement au centre mais dont les bronzes ne montrent que d'infimes différences, faisait partie de la grande exposition Three French Reigns en 1933, prêtée par Mrs Burns. Une autre paire de vases de forme différente, en porcelaine bleu clair, la base extrêmement similaire, est aujourd'hui conservée chez le marquis de Cholmondeley à Houghton Hall (Norfolk). On les aperçoit dès 1913 sur une console en bois doré dans un tableau de William Orpen représentant un magnifique salon de la résidence de Sir Philip Sassoon à Park Lane (Londres). Au-delà de l'identification toujours exceptionnelle pour les objets d'art du XVIIIe siècle, en l'absence de marque ou de document iconographique, cette étude est aussi l'occasion de mieux cerner la personnalité peu connue de l'un des plus grands amateurs de l'époque.
